« Tu veux écrire, toi ?...  Noon… Laisse les textes aux auteurs…» (il secoue la tête de droite à gauche en levant les yeux au ciel). Metteur en scène 1988.

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 Un peu de people :

Peu après Avignon, C… demande le divorce. Mon mariage avec elle, ses parents, ses frères et le temple ne se passe pas bien. Le malaise s’installe… Confortablement… Donc, C… demande le divorce ou plutôt non, ce n’est pas comme ça que ça s’est passé mais comme ça :

Je la vois dans la cuisine, elle fait la vaisselle. Je sais qu’elle est triste et je sais pourquoi. Elle ne sourit plus quand elle est avec moi. Depuis notre retour d’Avignon, nous vivons l’un à côté de l’autre… Vraiment bien « l’un à côté de l’autre ». Je ne peux pas mieux dire. Donc, elle fait la vaisselle. Je la regarde faire. J’ai toujours un espoir, un petit espoir. Je veux en avoir le cœur net, je fais un test : « Dis, si tu veux, on peut se séparer ? » Et, tout de suite, je l’entends me dire dans ma tête, des larmes dans ses yeux :

« Oh non, mon chéri, ce n’est qu’une crise. Si tu veux, on repart de zéro. On fait des choses ensemble. Tiens, si on allait au zoo ? Ça nous changerait les idées. On pourrait rencontrer des singes, des perroquets. Y paraît que les requins sont superbes. Puis on irait au « macdoparcequecestmoinscher », et puis… et puis… ».

J’ai réussi mon test. J’ai bien fait de m’accrocher à ce petit espoir. Elle m’aime toujours, je l’aime toujours…

Elle saute de joie, les mains pleines de mousse. « C’est vrai, dis, c’est vrai ? Tu veux bien divorcer ? Ooooooh, que je suis contente ! Je n’osai pas t’en parler ! Tu te rends compte ? Ma religion m’interdit de quitter mon mari mais si c’est lui qui le demande, c’est différent ! Hiiiiiiii !!!! Que je suis contente. Viens, on va à la pizza paï !

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J'ai la surprise à l'issue d'une représentation Avignonnaise d'avoir la visite du directeur de la culture de la municipalité où j’ai fait mes premiers pas en tant qu’apprenti comédien puis comédien. Celui-là même qui avait arrangé notre voyage à Bradford en 1982. Il bondit sur le plateau, après le salut, et me dit tout énervé... Enfin enthousiaste :

« La ville cherche une troupe pour sa politique culturelle. C'est génial ce que vous faites. Je te connais bien, depuis le temps... Dépose-moi un dossier en rentrant, c'est urgent ! »

L'idée de revenir dans la ville de mes débuts ne me déplaît pas. J'en parle aux autres, ils haussent les épaules : « Paris, me disent-ils, PARIS !!! »

Vers la fin du mois d’août le directeur de la culture de la municipalité me téléphone : « T'as pensé à mon dossier ? »

Oui, oui, j’y ai pensé… S'il savait... J’ai des comédiens qui courent la bonne aventure sur Paris. Je suis seul dans un appartement miteux à me débattre, entre autres, avec des dossiers de subventions, des déclarations de cotisations, des factures, des dossiers de vente...

Après l’avoir rassuré, je me décide, je commence l'écriture de ce fameux dossier. Quelques jours plus tard, il me reçoit dans son bureau. L'affaire est mirobolante, les budgets sont considérables. La troupe deviendra millionnaire. Le directeur de la culture me dit qu'une réunion à la D.R.A.C (Direction Régionale des Affaires Culturelles, Ministère de la Culture) est programmée. Je sens que j'ai besoin d'aide. Je doute de moi. J'appelle les autres. Attiré par le million, « l’autre comédien », qui pour une fois était dans la région, m'assistera lors de cet entretien. Réunion à laquelle pas mal de choses me dépassent. Je suis comédien, pas chargé de mission, ni directeur de structure (même si la mienne en est une, toute petite), ni.... « L’autre comédien » est aussi embarrassé que moi...

La DRAC nous demande de faire une étude de terrain... Une étude de marché en clair : Visualiser les publics, répertorier les associations culturelles sur la ville ainsi que les scènes potentielles, etc... Etc... Ils nous demandent combien nous faut-il pour ce travail. Nous nous regardons, mon acolyte et moi-même, embarrassés encore plus... Comment chiffrer ça en 10 secondes ? Comment annoncer un chiffre sans être ridicule ? C’est la roulette Russe. A tout hasard, je prononce : 70000 Francs (10600 euros environ). Ils ont l'air content. Je respire. « L’autre comédien » aussi. Je viens de passer six ans à monter des spectacles avec trois francs, six sous. Et là, on me donne 70000 Francs pour faire du "tourisme culturel". Bon mais ce n'était qu'une goutte d'eau en rapport aux budgets qui allaient suivre.

Du coup, V.G et "la comédienne" rappliquent... Tiens... Exit les castings Parisiens ? Ben oui, ça fatigue, c’est cher un tantinet et ce n'est, peut-être, pas aussi bien que ça.

Vite, il faut choisir une autre pièce. Enfin, V.G choisit un auteur. Ce sera Luigi Pirandello, 3 pièces en un acte de Luigi Pirandello. Mon Dieu que c'est ennuyeux ! Enfin, je n'aime pas. Des couples de bourgeois qui se trompent, qui souffrent, qui s’entre-tuent et qui, en plus, réfléchissent sur leur(s) souffrance(s). Ouille, ouille, ouille. A tout casser.

Les répétitions du Pirandello seront pour moi sources de douleurs. Bien qu'il y ait 70000 francs dans les caisses, je n'ai toujours pas un sou en poche. Les répétitions tournent au calvaire. Une fois de plus, j’erre, à l’heure du midi, le long des berges du canal. Je sens, en plus, que « l’autre comédien » veut devenir co-directeur de la compagnie. Ben voyons ! V.G n'y voit pas d'objections. Moi si, je réagis comme je peux. Cette fois le triangle boiteux est vraiment boiteux.

Parfois, lorsque le canal n’est pas bavard, je rends une visite à Nadine qui m'ouvre sa table. J'aime bien la compagnie de Nadine. Nous sommes très complices. C'est une belle fille et elle m'impressionne. Dommage que son copain a des réactions parfois un peu... Bizarres... Je suis quand même gêné et me fais l'effet d'un pique assiette.

En instance de divorce, je suis instable, perturbé… Et trahi ! La compagnie m’échappe, je le sens bien. Les deux autres décident. Je ne paux rien faire. Je bégaye, je fais des erreurs. La confiance en prend un sacré coup et des deux côtés. Il y a des éclats lors des répétitions. J'ai la tête ailleurs. Je n’arrive pas à dire que je suis opposé à la nomination d'un troisième co-directeur. Cependant, il faut que le spectacle se monte. Je prends sur moi…

Ensuite, je dois jouer nu sur scène aux côtés de la comédienne qui doit être nue, elle aussi. Une idée de V.G. il aime bien ça, le nu. C'est une grande mode en 1988 et encore aujourd’hui. Le nu au théâtre, au cinéma... Et merde... V.G veux que je sois nu avec « la comédienne », (derrière un tulle mais bon…), et, surtout que l'on se caresse. Serait-il un frustré sexuel ? Dans un premier temps « La comédienne » et moi, nous refusons. C'est en rentrant d'une mes ballades de midi que j'apprends que, finalement, elle accepte. Ils l’ont eue autour d’un repas. Arrosé ? Je sais pas. Je résiste puis bien malgré moi, je dois obtempérer. L’ambiance est assez tendue comme ça, si j’ose m’exprimer ainsi. Eh ben,  ce n'est vraiment pas agréable, je vous l'assure. Etre nu avec une fille nue que vous caressez vous expose à des problèmes de flux sanguin même sur une scène de théâtre. Vous ne pouvez rien y faire, c'est physiologique. C'est encore plus dur (encore une fois, si j'ose m'exprimer ainsi) lorsque qu'il faut, par la suite, essuyer les railleries et les moqueries. Evidemment, les yeux hors de sa poche, la donzelle s’en vante !

« Comment ? Tu ne te « contrôles » pas ? Il faut te faire soigner !... »

Je souris…

Finalement le "Pirandello" est joué : Bon, sans plus. Si ! Les intellos se gargarisent et nous devenons une troupe prometteuse et incontournable dans la région.

Nous nous séparons pour quelques temps, le temps des fêtes de fin d'année. Ouf, il était temps.

Je suis bien au fond de mon trou, désormais seul dans mon appartement bien froid... Mais qu'est-ce qui pousse un être humain à continuer ?

 

A suivre...

 

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