« Non mais, il rêve… Il n’a pas fini sa crise d’adolescence ». Famille. 1988.

 

ooooOOOOoooo

 

L'année 1989 est bien commencée. Je travaille, et je suis payé pour ce travail. C’est ça : être adulte ?

Avril-mai : une « Super production ».

Fin juin : Je vis (enfin !...) avec la femme de ma vie.

En septembre, le directeur du C.D.N. me propose un nouveau rôle. Celui d'un... mage, sage sous une tente berbère, en plein désert. Le bon vieux « grand-père » qui lègue en héritage, à la fin de sa vie, son expérience à son fils spirituel. Etonné d’une telle proposition, j'accepte quand même. Je ne veux surtout pas passer à côté de 4 mois de salaire. Et puis, le directeur et non moins metteur en scène doit savoir ce qu'il fait. Il prend ses responsabilités.

Comment puis-je jouer un grand-père à mon âge ? Et Berbère par dessus le marché ! En fait, j’ai peut-être un côté « père de famille » qui doit rassurer. Mais le côté Berbèer : je vois pas. A 27 ans, je suis perplexe. D’autant plus que j’élève maintenant trois enfants. Un signe…

Non content de dompter mes origines d’homme du Nord, il me colle dans les mains une mandoline. Je passe mes vacances d’été dessus à faire « dong-dong » ! Il y a 4 doubles cordes sur une mandoline. Bref, 3 semaines de répétitions à apprendre, à ralentir mes gestes, faire en sorte que le personnage soit un peu crédible.

Bien qu’ayant pris un peu de soleil cet été, je suis toujours très « blanc » de peau. 3 mois et demi de tournée, une centaine de représentations. Un beau souvenir. Des rencontres sur les chemins : Ronny Coutteure dans une station d’autoroute du côté de Lyon, Jérôme Deschamps et sa bande au théâtre municipal de Sète, Catherine Le Forestier un peu plus tard, dans un café en face du théâtre… Souvenirs...

Cependant, tout là haut, les choses se précisent. V.G et « l’autre comédien » sympathisent et… complotent. Au début, je n’y prends pas garde. En fait, je n’y crois pas… Au complot. Mais, je sais bien, au fond de moi-même, qu’il se prépare minutieusement. V.G me demande, dans un premier temps, de confier la paperasse de la compagnie à « l’autre comédien ».

- «  Ben oui, dit-il, tu travailles maintenant. Tu ne peux pas tout faire. »

J’obtempère. J’ai encore des relents nauséabonds de répétitions passées. J’aimerais éviter que cela se reproduise. Et puis, c’est vrai, qu’étant en tournée, il m’est difficile de gérer la compagnie. Tout se passera désormais très vite.

V.G me demande de faire démissionner « mon » Conseil d’Administration (C.A. totalement allié à ma cause. Cela se comprend puisque je suis le créateur de la compagnie…) pour, dit-il, en élire un autre complètement neutre, re-dit-il, étant donné les « millions » que nous aurons à gérer.

J’obtempère.

Un peu plus tard, le nouveau bureau de l’association est composé, présentement, à la présidence du beau père de V.G, à la trésorerie de la future belle mère de « l’autre comédien » et au secrétariat du beau frère de V.G.

Je n’ai, désormais, plus aucun appui au sein de l’association et, par conséquent, plus aucun pouvoir dans les décisions artistiques et orientations diverses de la compagnie.

Je le sais. Je le savais que cela se passerait comme ça. On sent ces choses là. Même si, jusqu’au bout, on ne veut pas l’admettre.

Puis, ce qui devait arriver, arriva.

« - Avec tout ce que cela comporte de dégueulasse de notre part, nous avons décidé de ne plus travailler avec toi ! »

Ils m’ont dit ça un soir de novembre, V.G et « l’autre comédien ». Je leur ai demandé pourquoi ? Ils m’ont dit :

«  - Parce que tu es incompétent et non motivé... »

J’essaie d’argumenter mais très vite, je sens la nausée m’envahir. Je sors sans combattre. K.O.

La violence de cet entretien m’a donné  des sensations « d’aquabonisme »... Cela commence seulement à s’estomper, au bout de 25 ans.

Le directeur de la culture me téléphone. Il a appris la nouvelle.

« C'est toi que l'on veut. On provoque une réunion, on vire les deux autres et l'on établit la convention avec toi... Philippe, allons, on se connaît depuis longtemps... »

Je refuse. Je ne veux plus voir les deux autres, surtout pas en réunion. J’ai l’impression qu’ils me boufferaient... Il est consterné et demande à Nadine de me persuader de combattre. Je suis tellement anéanti que je refuse tout en bloc. (Et, plus tard, je culpabiliserai de n’avoir pas levé le petit doigt pour réagir). Je me mets la tête dans le sable. Je « m’auto-détruis » inconsciemment consciemment. Oui, c’est très simple, j’ai perdu mon statut d’adulte et suis redevenu adolescent en pleine crise.

Conclusion : 8 années de travail anéantis. 8 années à travailler dans l'espoir d'avoir, un jour, la reconnaissance de mes pairs et un salaire décent... Pour rien.

Et je ne suis pas au bout de mes "surprises".

Il faut tout reprendre de zéro. Je passe quelques semaines à "errer"…

 

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